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Sartre et Beauvoir, mode de vie pour un amour fidèle et pluriel

Sartre et Beauvoir, ce sont les cafés, les hôtels, le littérature, la politique, mais Sartre et Beauvoir, c'est aussi et surtout un couple mythique au mode de vie atypique. Entre liberté et promesses, sont-ils restés fidèles à leurs principes ? Les deux amants, enterrés ensemble, jamais mariés, nécessairement infidèles, ont adopté un mode de vie qui en a surpris plus d'un au XXe siècle - ils voulaient rester libres, créatifs, mais surtout respecter leur drôle de pacte d'amour...

 

Le fameux pacte d’amour

Sartre et Beauvoir ont 21 et 23 ans lorsqu’ils conviennent d’un pacte d’amour. Le fondement de ce pacte est le suivant : ils sont, l’un pour l’autre, leur amour nécessaire et ils peuvent -ou plutôt ils doivent- connaître des amours contingentes. L’amour qu’ils se vouent l’un envers l’autre est indéniable. Mais pour rester totalement libres, vivants et curieux, ils se donnent le droit -le devoir- de connaître d’autres amours. Au-delà de ça, pas de mariage, pas d’enfant. Le pacte d’amour est renouvelé tous les deux ans. La règle ? La franchise. Ils se disent tout et ne se cachent rien, s’avouent leurs histoires au creux de l’oreille ou dans des lettres, partagent leurs conquêtes même, plus souvent qu’on pourrait croire. Des jeunes femmes ayant eu des relations avec Beauvoir ont été recommandées par elle à Sartre… Cette liberté nécessaire dans leur amour implique donc un mode de vie singulier, que beaucoup ont envié par la suite… mais n’est pas le Castor qui veut !

 

Une vie à l'hôtel, mais chambres à part !

Sartre et Beauvoir ont presque toujours vécu à l’hôtel, en premier lieu pour des raisons pratiques. D’abord, cela leur permettait de bénéficier d’une chambre chauffée, plus agréable que les studios parisiens petits, glacials et souvent miteux. De plus, ils se délestaient ainsi des contraintes du quotidien (pas besoin de faire le ménage et la cuisine en gros…) et pouvaient donc se consacrer entièrement à leur écriture.

Par ailleurs, l’hôtel, les affranchissant de toute forme d’enracinement, constituait indéniablement un espace de liberté. De plus, les deux amants réservaient toujours des chambres séparées, matérialisant ainsi leur indépendance et préservant leur espace de création. Cette organisation permettait aussi à ces polyamoureux de ramener leurs conquêtes librement… Pratique, isn’t it ?


L’Invitée à l’hôtel Mistral

Les deux écrivains ont séjourné pendant près de deux ans à l’hôtel Mistral, entre 1937 et 1939. Dans sa chambre, située à l’étage juste au-dessous de celle de Sartre, Beauvoir rédige son premier roman, L’Invitée. Elle s’inspire de sa relation avec Sartre et Olga Kosakiewicz, « un vrai trio, une vie à trois bien équilibrée où personne ne se serait sacrifié ». Le roman raconte l’histoire de Françoise, qui se prend d’affection pour Xavière, une jeune femme peinant à définir son avenir. Elle la prend alors sous son aile et la confie à son mari, qui tente de lui façonner une carrière d’actrice. Mais leur Galatée est parfois vindicative, et ce ménage à trois questionne le modèle de Sartre et Beauvoir, réfléchit les sentiments, la possession, le nécessaire. Toutefois, le livre, si moderne, si libre et assumé aussi, ne trouve pas d’éditeur avant 1943…

 

Vers une nécessité de l’essentiel ?

On a donc un schéma parfait en apparence, n’est-ce pas ? dans lequel tout est clair et les deux membres du couple se retrouvent. Sartre et Beauvoir sont tous deux en accord avec le pacte et en profitent. Mais leur vie n’a pour autant pas été sans ascenseur émotionnel, sans déception et trépidation…qui rendent sans doute leur histoire encore plus passionnante.

Beauvoir vit des relations "adultères" qui durent ; Sartre aussi : Olga Kosakiewicz, Dolorès Vanetti, Arlette Elkaïm – qu’il finira même par adopter comme sa fille. On dit que Beauvoir revêtait une attitude froide et distante envers les femmes de Sartre avec lesquelles elle ne couchait pas... hum, jalouse ? 

Pour sa part, l'écrivaine, si elle est bel et bien enterrée auprès de son amour nécessaire au cimetière du Montparnasse, porte tout de même au doigt, dans sa tombe, une bague offerte par un autre… C’est celle de Nelson Algren, son amour « essentiel » écrit-elle. Nuance, quand tu nous tiens…

 

 

Le 19 novembre 2020, Marie-Lou Copin

 

Crédits photo : AFP