Les 7 hôtels incontournables où ont résidé des écrivains à Paris

De nombreux écrivains ont séjourné dans des hôtels parisiens, lors de leurs passages à Paris pour rencontrer leur éditeur, parce qu’ils souhaitaient habiter quelques temps au cœur de la capitale littéraire, ou encore pour bénéficier d’un endroit chaud où écrire, les appartements étant souvent exigus et vétustes.

Quelles étaient leurs adresses favorites ?


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Le Ritz, entre chic mondain et bonne descente, de Proust à Hemingway

15, Place Vendôme

Au Ritz, les personnalités se succèdent. Mais comment parler du Ritz sans penser à Proust et Hemingway ? Le premier a donné son nom à l’un des salons de l’établissement et le second au bar, c’est peu dire !

Proust était présent à l'inauguration du bâtiment en 1898. Au Ritz, il recevait ses amis dans un salon privé lors de salons littéraires. Il était si fidèle au lieu que les portes du restaurant de l’hôtel lui étaient ouvertes à toutes les heures du jour et de la nuit, afin qu’il puisse y boire de la bière fraîche et y manger de la glace à la framboise et à la fraise. D’ailleurs, le restaurant était son observatoire de la haute société parisienne, sa source d’inspiration pour La recherche du Temps perdu.

Quant à Hemingway, il avait fait du bar son QG (quand il en avait les moyens). Tant et si bien que lors du Débarquement, Hemingway s’élança vers l’hôtel et déclara vouloir « libérer personnellement » le Ritz, réquisitionné par les Nazis durant la guerre. Quand il s’aperçut que ces derniers étaient partis depuis longtemps, il laissa une ardoise historique de 51 dry Martini. A ta santé Hem !


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Le Lutetia, l’endroit « pour avoir la paix » selon Gide

23, rue de Sèvres

Inauguré en 1910 à l'initiative de Madame Boucicaut, propriétaire du Bon Marché, on ne compte plus les personnes célèbres, en particulier les écrivains, qui sont passées dans ce palace Art déco et Art nouveau : Saint-Exupéry, Hemingway, Rilke, Cocteau, Kessel, Cohen… James Joyce y rédige son roman-fleuve Ulysse. C’est le foisonnement intellectuel des années 1920, à l’heure où le Lutetia était le seul hôtel de luxe de la rive gauche. Pendant la guerre, le lieu est investi par les services de renseignement allemands. Après la guerre, l’hôtel est converti en centre d'accueil pour les déportés et les familles en quête de leurs proches. Puis il reprend son activité et y défilent alors Charles de Gaulle, André Malraux, Samuel Beckett, Françoise Sagan…

Pourquoi les intellectuels appréciaient-ils particulièrement ce lieu ? André Gide, l’un des plus fidèles du restaurant, s’y installait pour « avoir la paix », dit-on. Une très bonne raison, vous savez ce qu’il vous reste à faire.


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L’hôtel des Grands Hommes, lieu de création du surréalisme

17, place du Panthéon

Modeste, le nom de cet hôtel ! Et ce n’est sans doute pas le hasard si André Breton s’y établit au printemps 1919, logeant alors au troisième étage de cet hôtel pour étudiants fauchés (à l’époque…). Dans sa chambre, il écrit Les Champs magnétiques avec Philippe Soupault qui loge alors quai Bourbon. Les deux hommes ont 22 et 23 ans. C’est donc dans cet établissement donnant sur la Place du Panthéon qu’ils inventent l’écriture automatique, et partant, le surréalisme. Pas une petite révolution...


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L’hôtel Istria des amoureux

29, rue Campagne-Première

C’est Elsa Triolet qui vit à l’hôtel Istria entre 1924 et 1929. Ses voisins ? Picabia, Man Ray, Rilke, Marcel Duchamp… Elle y écrit Camouflage, son dernier roman en russe, qui dépeint la vie du quartier. Déprimée et esseulée, elle envisage ensuite de rentrer en URSS. Mais c’était sans compter sur sa rencontre avec Louis Aragon… Il deviendra son grand amour, un amour vécu entre les murs de l’hôtel Istria, so romantic isn’t it ?


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L’Hôtel, Oscar Wilde ou le papier peint fatal

13, rue des Beaux-Arts, Saint-Germain-des-Prés

Après ses années de travaux forcés à Reading, Oscar Wilde, le célèbre écrivain irlandais, débarque à Paris pour ne plus la quitter, et s’installe à L’Hôtel (alors appelé « l’hôtel d’Alsace ») « au-dessus de ses moyens » dans une chambre miteuse (rien à voir avec le cinq étoiles d’aujourd’hui !). C’est un Oscar Wilde déchu qui s’installe dans la capitale française, il n’écrit plus, il est méconnaissable, les dents moisies, rongé par la syphilis, ravagé par l’alcoolisme. Il va jusqu’à prendre un nom d’emprunt : Sebastian Melmoth. Il mène dans cet hôtel ses dernières années de débauche, assouvissant les derniers plaisirs du corps. C’est aussi dans sa chambre qu’il se convertit in extremis au catholicisme, reçoit les derniers sacrements, et s’éteint le 30 novembre 1900. Peu avant sa mort, dans sa chambre miteuse, il aurait déclaré, abattu : « Mon papier peint et moi nous livrons un duel à mort. L'un de nous deux doit disparaître. » On sait maintenant qui a gagné, toujours se méfier des papiers peints…


 

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L’Hôtel du Louvre, la virée des habitués

place André Malraux face à la Comédie-Française

L’empereur Napoléon III a fait construire le premier « grand » hôtel de la capitale, entre le Louvre et le Palais-royal, à l’occasion de l’exposition universelle de 1855.

Jules Verne en est un habitué. Il habite à Amiens, mais le chemin de fer lui permet de rejoindre rapidement la capitale quand il a besoin de rencontrer Pierre-Jules Hetzel, son éditeur, ou encore les directeurs de théâtre qui s’intéressent à ses œuvres. Lors de ses virées parisiennes, il loge alors au fameux Hôtel du Louvre. Et l’établissement n’est a priori pas pour déplaire aux artistes puisque Zola, Hugo, Mark Twain en étaient aussi des habitués, et que Pissarro a peint de sa chambre pas moins de onze toiles entre 1897 à 1899.


L’Hôtel Bertha, pour un Simenon parvenu

1 rue Darcet, près de la place Clichy

En 1922, sitôt la fin de son service militaire, George Simenon se précipite à Paris. Il a alors dix-neuf ans. Il a découvert la capitale dans la littérature, il rêve de la voir de ses propres yeux. L’y voilà, plein d’ambition. Il s’installe à l’hôtel Bertha, dans le 17e arrondissement, un hôtel qui a « très bonne mine » selon lui. Il parcourt alors à pieds une ville dans laquelle il se sent d’abord étranger, jeune Belge débarqué parmi les Parisiens. Néanmoins, il finira par y trouver ses marques, déménagera à plusieurs reprises dans les quartiers les plus foisonnants de la capitale, adorera Pigalle, avant de finalement partir vivre en province.

Aujourd’hui, la chambre sous les combles où vécut le créateur du commissaire Maigret n’est plus aux normes, on ne peut malheureusement plus y accéder. Et d’ailleurs, les clients semblent aujourd’hui autant impressionnés par l’arrivée de Simenon dans cet hôtel que par celle de Claude François… Chacun ses ref.


 

Publié le 9 novembre 2020, Marie-Lou Copin

 

Et si vous vous demandez pourquoi nous n’avons pas parlé de Sartre et Beauvoir alors qu’ils ont presque toujours résidé à l’hôtel, c’est parce que nous avons décidé qu’ils méritaient leur propre article ! A venir ! ;)